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Maison en briques à rénover : budget et techniques

Guide complet pour rénover une maison en briques anciennes. Prix au m², techniques de rejointoiement, traitement de l'humidité et erreurs qui coûtent cher.

Maison en briques à rénover : budget et techniques

Rénover une maison en briques coûte entre 150 et 1 200 €/m² selon l’ampleur des travaux. Le rejointoiement seul revient à 60-80 €/m², l’isolation par l’extérieur grimpe à 150-250 €/m². La brique ancienne exige des techniques spécifiques : mortier à la chaux, nettoyage basse pression, traitement hydrofuge respirant. Utiliser du ciment ou un karcher détruit irrémédiablement le mur.

Combien coûte la rénovation d’une maison en briques

Prix au m² selon le type de travaux

Les tarifs varient fortement entre un simple ravalement et une rénovation globale. Voici les fourchettes constatées en 2025 :

TravauxPrix au m²Détail
Nettoyage hydrogommage20-35 €Retrait mousses, salissures, pollution
Rejointoiement60-80 €Mortier à la chaux, main-d’œuvre incluse
Traitement hydrofuge15-25 €Protection anti-infiltrations
Isolation extérieure (ITE)150-250 €Bardage ou enduit sur isolant
Rénovation légère150-300 €Peinture, sols, électricité partielle
Rénovation intermédiaire350-650 €Cuisine, salle de bain, cloisons
Rénovation lourde650-1 200 €Structure, toiture, réseaux complets

Une maison de 100 m² avec façade à rejointoyer et isolation à refaire représente un budget de 25 000 à 40 000 € pour l’enveloppe seule.

Briques pleines vs briques creuses

Les briques pleines des maisons anciennes (avant 1950) mesurent 5 à 6 cm d’épaisseur. Leur masse thermique régule naturellement la température intérieure. L’isolation doit préserver cette inertie.

Les briques creuses des constructions récentes offrent déjà une résistance thermique. L’enjeu porte davantage sur les ponts thermiques aux jonctions mur/plancher.

Le diagnostic thermique préalable oriente le choix : ITE pour les briques pleines, correction des ponts thermiques pour les creuses.

Techniques de rénovation adaptées aux briques

Nettoyage : proscrire le karcher

La brique ancienne ne supporte pas la haute pression. Un karcher à 150 bars creuse la surface, ouvre les pores et accélère la dégradation. Les dégâts apparaissent dans les 2-3 ans suivants : effritements, éclatements au gel, infiltrations.

Techniques recommandées par ordre de douceur :

  1. Brossage manuel — Brosse chiendent + lessive Saint-Marc pour les salissures légères
  2. Hydrogommage — Projection d’eau basse pression + poudre fine (20-35 €/m²)
  3. Aérogommage — Projection à sec pour briques fragiles (18-35 €/m²)
  4. Nébulisation — Brumisation prolongée pour les encrassements tenaces

Le gommage utilise des poudres de dureté inférieure à celle de la brique : calcite, verre micronisé, coquilles de noix. Aucun risque d’abrasion.

Rejointoiement : la chaux, pas le ciment

Artisan appliquant du mortier à la chaux entre des briques anciennes

Le ciment Portland est l’ennemi des murs anciens. Sa rigidité empêche les micro-mouvements naturels du bâti. Son imperméabilité bloque la vapeur d’eau à l’intérieur du mur. Résultat : fissures, éclatements, humidité piégée.

Le mortier à la chaux (NHL 3,5 ou NHL 5) respecte la souplesse et la respirabilité des briques. Il absorbe les dilatations, laisse migrer l’humidité vers l’extérieur.

Processus de rejointoiement :

  1. Dégarnir les joints sur 2-3 cm de profondeur (burin, disqueuse fine)
  2. Dépoussiérer et humidifier la veille
  3. Garnir au fer à joint, en plusieurs passes si nécessaire
  4. Lisser avant prise complète
  5. Brumiser pendant 3-4 jours (cure humide)

Le séchage complet prend 4 à 6 semaines. Éviter les périodes de gel ou de forte chaleur.

Isolation : ITE vs ITI selon l’épaisseur

L’isolation par l’extérieur (ITE) convient aux murs épais en briques pleines. Elle supprime les ponts thermiques, conserve l’inertie intérieure, protège la façade des intempéries. Inconvénient : elle masque le parement brique.

L’isolation par l’intérieur (ITI) préserve l’aspect extérieur mais réduit la surface habitable et crée des ponts thermiques aux planchers. À réserver aux façades classées ou aux budgets serrés.

CritèreITEITI
Performance thermiqueExcellenteMoyenne
Ponts thermiquesSupprimésPersistants
Inertie conservéeOuiNon
Aspect façadeModifiéPréservé
Prix moyen150-250 €/m²50-100 €/m²

Pour les briques de parement que tu souhaites conserver visibles, l’isolation par l’intérieur avec frein-vapeur hygrovariable reste la seule option.

Problèmes fréquents et solutions

Efflorescence : les dépôts blancs

Ces traces blanchâtres résultent de la migration des sels solubles contenus dans la brique ou le mortier. L’eau les dissout, les transporte en surface où ils cristallisent en séchant.

Traitement :

  • Brossage à sec (brosse dure, pas d’eau qui réactive les sels)
  • Application d’un neutralisant anti-salpêtre si récidive
  • Traitement hydrofuge après séchage complet

L’efflorescence n’est pas grave en soi. Elle signale simplement une circulation d’eau dans le mur — à investiguer si elle persiste.

Briques éclatées et fissurées

Les briques gélives absorbent l’eau qui, en gelant, fait éclater la matière. Les fissures structurelles signalent un problème de fondations ou de charges mal réparties.

Solutions selon la cause :

SymptômeCause probableAction
Éclatement superficielGel sur brique poreuseRemplacement + hydrofuge
Fissure verticale isoléeTassement différentielDiagnostic structure
Fissures en escalierMouvement de terrainÉtude géotechnique
Effritement généraliséBrique de mauvaise qualitéParement ou enduit

Le remplacement d’une brique isolée coûte 15-25 € pose comprise. La réfection d’une zone entière nécessite de retrouver des briques de récupération assorties (10-15 €/brique selon la rareté).

Humidité et remontées capillaires

Les maisons en briques du Nord et de Picardie subissent un climat humide qui amplifie les pathologies. Les remontées capillaires touchent les murs sans coupure de capillarité — soit la majorité des constructions avant 1960.

Signes révélateurs :

  • Auréoles et taches à la base des murs (jusqu’à 1,50 m de hauteur)
  • Papier peint qui se décolle, peinture qui cloque
  • Odeur de moisi persistante
  • Salpêtre (efflorescence + moisissures)

Traitements par ordre de coût :

  1. Drainage périphérique — 80-150 €/ml, efficace si l’eau vient du sol extérieur
  2. Injection de résine — 100-200 €/ml, crée une barrière étanche dans le mur
  3. Électro-osmose — 3 000-6 000 € pour une maison, résultats variables
  4. Cuvelage — 150-300 €/m², pour les sous-sols inondables

Un diagnostic humidité préalable (200-400 €) identifie l’origine exacte et évite les traitements inadaptés. Notre guide sur la rénovation dans les Hauts-de-France détaille les tarifs artisans et aides locales pour ces travaux spécifiques à la région.

Erreurs à éviter absolument

Le karcher haute pression

Répétons-le : le nettoyeur haute pression détruit les briques anciennes. La pression creuse la surface, ouvre les capillaires, accélère l’absorption d’eau. Les dégâts sont irréversibles.

Un artisan qui propose le karcher pour nettoyer une façade en briques anciennes ne connaît pas son métier. Passe ton chemin.

Le ciment sur joints anciens

Le ciment est 10 fois plus dur que le mortier à la chaux d’origine. Il ne suit pas les mouvements du bâti, fissure, et piège l’humidité. Les briques adjacentes éclatent en quelques hivers.

Certains maçons utilisent encore le ciment par habitude ou économie. Exige du mortier à la chaux NHL dans le devis — par écrit.

La peinture imperméable

Une peinture étanche (acrylique, glycéro) transforme le mur en barrière. L’humidité intérieure ne peut plus s’évacuer. Elle s’accumule, dégrade l’isolant, favorise les moisissures.

Les briques doivent respirer. Utilise uniquement :

  • Peinture minérale au silicate
  • Badigeon de chaux
  • Lasure microporeuse

L’isolation sans diagnostic préalable

Isoler un mur humide emprisonne l’eau derrière l’isolant. En quelques mois : moisissures, dégradation de l’isolant, problèmes de santé. Traite d’abord l’humidité, isole ensuite.

Aides et financement disponibles

MaPrimeRénov’ pour l’isolation

L’isolation des murs (ITE ou ITI) ouvre droit à MaPrimeRénov’ selon les revenus du foyer :

ProfilAide ITEAide ITI
Très modeste75 €/m²25 €/m²
Modeste60 €/m²20 €/m²
Intermédiaire40 €/m²15 €/m²
Supérieur15 €/m²7 €/m²

Plafonds : 100 m² pour les murs. L’aide maximale atteint donc 7 500 € pour une ITE complète en profil très modeste. Notre article sur la rénovation énergétique et les aides disponibles détaille tous les dispositifs cumulables.

Aides régionales cumulables

Certaines collectivités proposent des compléments. La Communauté de communes du Territoire Nord Picardie finance jusqu’à 80-100 % des travaux énergétiques pour les propriétaires occupants modestes — un dispositif rare à ce niveau de prise en charge.

Les aides Amiens Métropole et Département de la Somme se cumulent également avec MaPrimeRénov’. Notre article sur la rénovation dans les Hauts-de-France liste les montants et contacts pour ces dispositifs.

Éco-PTZ et TVA réduite

L’éco-prêt à taux zéro finance jusqu’à 50 000 € de travaux sans intérêts. Condition : faire réaliser les travaux par un artisan RGE.

La TVA à 5,5 % s’applique aux travaux d’amélioration énergétique (isolation, chauffage performant). Les autres rénovations bénéficient du taux intermédiaire à 10 % si le logement a plus de 2 ans.

Checklist avant de lancer tes travaux

  • Faire diagnostiquer l’humidité avant tout (200-400 €)
  • Vérifier l’état des briques : gélives, poreuses, fissurées ?
  • Identifier le type de mortier existant (chaux ou ciment)
  • Obtenir 3 devis d’artisans spécialisés en bâti ancien
  • Exiger le mortier à la chaux NHL par écrit
  • Vérifier la certification RGE pour bénéficier des aides
  • Déposer les demandes de subvention AVANT de signer
  • Prévoir 15-20 % de marge pour les imprévus sur bâti ancien
  • Choisir un artisan formé aux techniques traditionnelles

Prochaine étape : contacter un diagnostiqueur humidité pour évaluer l’état réel de tes murs. Sans ce diagnostic, tout chiffrage reste approximatif.